dimanche 21 février 2016

Parelli, mon poney et moi.. Ce joyeux merdier - Acte II


Revenons à nos moutons (mon poney est frisé, tu as compris la vanne?)




Je le savais!

Bon. On en était où? Ah oui Parelli tout un bordel tout ça, tout ça.


  • L'équitation éthologique & Moi - Notre rencontre, où le moment où j'ai cru devenir Dieu

Quand tu commences à connaitre le monde de l'étho, t'as légèrement tendance à croire que la grâce de Dieu t'a touché.e du doigt, ou que Dieu t'a touché.e avec son doigt de la grâce, ou que la grâce t'a touché.e avec son doigt de dieu.. Bref! Tu découvre un univers qui te plait, qui t'apprend plus qu'en quatre ans de club, donc forcément, tu dévalises rapidement les boutiques pour te fournir en matos (même si le licol à poids -dont on sait tous d'où il vient- coute trois fois le prix d'un beau sweat), et te voilà prêt.e à partir à l'aventure, ton carrot-stick à la main, tes longes et ton beau licol en corde sur le dos. 



Généralement poney est assez réceptif et t'en viens même à te demander si Jésus ça serait pas un peu toi finalement. Déso, mais le mec sait  juste marcher sur l'eau, alors que toi tu parviens désormais à faire reculer ton cheval de cinq pas sans bouger tes pieds, juste en remuant ton index (ou ton poignet.. Ou parfois ton bras.. Ou un peu tout ton corps en même temps). Sur l'échelle de la swag attitude t'es large au dessus moi j'dis!

Les jours passent, les mois s'enchainent et tu finis par te dire que Pauline Beulze a peut être du soucis à se faire question notoriété. Parce que les photos sur la plage en cordelette c'est certes pas pour tout de suite, mais t'as déjà le sable (de ta carrière) et la cordelette d'abord! Alors bon le magnifique paysage et surtout l'attitude du poney heureux de faire des trucs avec toi, on s'en passera pour l'instant (non Caramel n'a ni la classe de Penn et encore moins la joie de vivre de Naïade, mais OSEF, les superbes photos prise à l'instant T feront illusion pour nous). 


"Marcel prends la photo j'te dis! J'ai plus les freins! J'AI PLUS LES FREINS!!!"

Les montages vidéos n'ont plus de secret pour toi et le faceponey devient ton réseau social préféré. En fait t'as le sentiment d'avoir réussi ta vie, parce que toi aussi t'as plus 150 fans sur ta page, sauf que le destin en a décidé autrement. 

Oui, ton amour inconditionnel pour le net pony-esque te fait parcourir un nombre incalculable de forums et un beau matin tu entends parler d'un débat sur "Parelli VS La Cense, c'est qui qui gagne?".



Tu lis, tu lis et tu te rends compte que Parelli c'est pas forcément ce que tu croyais. Qu'il y a pas que les sept jeux de société qui constituent son approche, et qu'en plus, le gars il continue de faire tourner activement la machine (j'entends par là sortir des DVD presque tous les deux mois, avoir une communauté et pas seulement proposer des démo en septembre autour d'un WE *siffle*). Tu apprends surtout que celui qui a plagié sur l'autre en premier c'est pas celui que tu pensais et qu'une fois de plus les Américains inventent définitivement les meilleurs trucs (après Disney et la Petite Maison dans la Prairie il va s'en dire).
Tu découvres même des concepts dont t'as jamais entendu parler "Savvy de quoi? Horsenality à vos souhaits? Fitness émotionnel pardon? Psychologie inversée excusez moi? Level Parelli sorry?" Bref, c'est un merdier pas possible, mais comme le caca c'est délicieux tu fonces droit dedans et tout ce que tu pensais connaitre et savoir s'en voit pas mal chambouler. 

*** 



C'est un monsieur avec des grosses moustaches et un accent que tu ne comprends pas très bien, qui t'accueille -virtuellement- dans cet univers presque hollywoodesque. Finalement tu demandes si les Dvd français avec le petit jingle de début en mode Arte et la voix off monocorde ne vont pas te manquer.  
Mais ce qui est cool avec ce gars, c'est qu'il te montre les choses avec un cheval qui est en apprentissage (un peu comme ton poney Caramel). Du coup tu peux bien plus d'identifier! Puis quand tu vas fouiner un peu dans les bouquins, sur le Parelli Connect tout ça, tu te rends compte qu'il traite de pleins de trucs en fait ce cowboy et qu'il y a pas mal de différence avec le concept français. 

  • Parelli, ce monde fantastique(ment) complexe


Voilà. De rien. Au revoir.

Non je déconne, je vais t'aider un peu à mieux comprendre tout ça. Et encore, là ils ont vachement synthétisé, crois moi.

Parlons un peu d'histoire.

Mais pourquoi dont tant de violence envers ce pauvre Stephane?

Fondée en 1981, Parelli met l'accent sur l'enseignement de l'humain plutôt que la formation du cheval.

Dès le début, Pat réalise que les chevaux ont déjà toutes les compétences nécéssaires pour prospérer dans leur monde. Il découvre alors que la compréhension de la psychologie, de la personnalité et de la nature des chevaux pourraient devenir la base d'une relation homme-cheval ( = horsemanship) profonde, mutuellement bénéfique, sans force, ni violence (c'est ti pas coolisime?).


  • Les objectifs de PNH

L'approche Parelli n'a pour objectif d'éduquer les chevaux, mais bien de former les propriétaires à devenir de bons éducateurs et plus tard entraineur, afin de construire une relation de confiance avec l'animal. 

Bien entendu, les fondamentaux de l'équitation (respect, impulsion, flexion) y sont aussi enseignés (au level 4 en finesse, donc avec la monte en contact où les élèves déroulent de jolis éléments de dressgae), mais le fondement de la méthode se base sur la relation "primaire", avec les principes de l'amour, du langage, et du leadership pour guide, à dose égale. 


L'approche permet donc à tous les amateurs de chevaux, de tous les niveaux, et de toutes les disciplines de parvenir à/au:

  • succès, sans user de la force
  • partenariat, sans domination
  • travail d'équipe, sans crainte
  • volonté, sans intimidation
  • harmonie, sans contrainte

(j'ai traduit plus haut, alors fais pas genre tu comprends pas ce qui est écrit)

Comme dirait Linda, "C'est plus que "juste un cheval ou de l'équitation". Cela nous plonge complètement dans le développement personnel des choses. "Vous apprendrez sur vous même, vous en apprendrez davantage sur la communication, sur le leadership, sur la vérité, sur les conséquences et la responsabilité."



  • Le Natural horsemanship ; Vous avez dit naturel? Mais par rapport à quoi au juste? 



Le principe du PNH est donc avant tout la compréhension du cheval et de l'homme, naturellement (= qui n'est pas du fait de l'homme)
La première étape est donc de comprendre et d'accepter que le cheval, espèce différente de la nôtre, pense et interprète les informations extérieures différemment,  agit en fonction de motifs différents et ressent des émotions différentes des nôtres,  même dans une situation similaire. L'évolution a au contraire fait de nous des êtres avec  structure mentale et psychologique complexe, dont les nombreuses facettes, parfois contradictoires, avouons-le, se reflètent dans notre attitude corporelle.  Or c'est justement cette attitude corporelle que les chevaux déchiffrent et interprètent en fonction des priorités qui leur sont propres. C'est pourquoi il est fondamental de savoir autant ce qu'ils expriment, que ce qu'ils "lisent" de nous, afin de mieux nous comprendre et nous faire comprendre
Car même si nous ne nourrissons aucun désir de malmener notre cheval, il sera susceptible de céder à ses réflexes de fuite et de défense tant qu'il lira en nous les signaux subtils qu'il a appris à reconnaître comme désignant une attitude prédatrice.

"Le cheval n'est ni respectueux, ni irrespectueux. 
S'il semble "respectueux" c'est qu'il a été bien dressé par des réponses conditionnées: je fais quelque chose, je réussis à arreter la pression, cest bon pour moi. Il cherche juste à obtenir son confort.
Un mauvais comportement, si ce n'est pas la fuite, a été appris." - Merci Andy Booth.


  • Le jeu des différence: Prédateur VS Proie 





Laissons de côté les chères théories de notre Monty nationale et concentrons nous sur des aspects plus éthologiques. 





Oui mais non Monty.






Notre côté prédateur nous fait placer nos besoins de confort/nourriture/plaisir en tête - l'argent et les biens matériels étant porteurs du même symbole, à savoir quelque chose à posséder ou consommer

Certains humains sont même capables de risquer leur vie pour différents motifs, possession, gloire ou conviction (guerre, duel, vol, excès de vitesse...). Cela va également influencer certains traits inconscients de notre comportement (par exemple quand je veux absolument que mon cheval exécute ce que j'avais en tête et que je perds légèrement le contrôle de mes émotions)

En tant qu'animal "proie", le cheval est obsédé par la sécurité. Il va jusqu'à renoncer à manger et boire lorsque sa confiance est mise à mal. 


Notre instinct nous pousse à désirer toujours un peu plus, un peu plus vite, un peu plus loin. Nos gestes, nos tensions musculaires l'expriment. Quand nous avons peur, nous "serrons les dents ou les fesses" (si si, et poney le sait, surtout quand tu es sur son dos). Tout ce qui fuit, s'échappe, se détourne provoque en nous une sensation de manque à combler, et le premier réflexe que nous avons est alors de s'accrocher, s'agripper,ou même ramener de force.
Le cheval n'a pas peur d'être blessé, il a peur d'être tué. Son instinct le fait fuir tout ce qui mord, s'agrippe, s'accroche, force, se dirige droit sur lui ou tente de bloquer ses issues. Lorsque la fuite est compromise, il attaque pour se défendre - dans sa tête, il se bat pour sa survie.

Notre société actuelle nous incitent à faire face à ce que l'on désire obtenir, à nous concentrer sur cet "objet du désir" et marcher sans détours dans sa direction jusqu'à l'atteindre, jusqu'à satisfaction. 




Toi même tu sais.


La structure mentale d'un cheval se construit au contraire toujours, au départ, autour de la notion de sécurité, et seulement celle-ci. C'est ce qui va déterminer son interprétation de l'environnement. Le cheval a donc une approche latérale, contrairement  à nous qui avons une approche "directe", sans détour.  

À la notion de sécurité est très liée celle de "hiérarchie" : le leader du troupeau est celui en qui l'on a confiance en ce qui concerne la direction à suivre et l'attitude à adopter. Un bon leader sait se faire respecter d'un froncement de naseau, d'une demi oreille, d'un fouillaient de queue... C'est pourquoi il est vital pour un cheval de savoir en permanence quelle est sa position hiérarchique face aux autres chevaux et aux humain et donc de la "tester". Cela ne signifie pas pour autant qu'un cheval soit "plus heureux" s'il est dominant : il a simplement, profondément, besoin de savoir. Ce réflexe de test "hiérarchique" (entendons nous sur la définition, je ne parle pas du plus fort en terme physique, ou psychique, mais de celui qui prend les décisions) est inhérent à chaque espèce grégaire, ou qui travaille en groupe (dans l'entreprise, ou dans un projet commun, il y a parfois une personne nommée "chef équipe". Afin que tous le monde prenne du plaisir, il est fondamental que cette personne est une excellente gestion de ses émotions, de la lecture de ses collègues, et de l'objectif à atteindre pour conduire tous le monde à bon port). Car l'humain n'est pas qu'un "prédateur", il est capable de comprendre et de respecter la nature profonde de son compagnon équin, et de se comporter en leader.


  • Avouez, les sept jeux, c'est que du langage marketing?






Développer sa compréhension du langage corporel de son cheval, savoir communiquer avec lui, apprendre au cheval à se sentir en confiance dans le monde des humains, voilà les objectifs des élèves de la méthode Parelli. 

Par le biais des sept jeux, l'humain développe son leadership, où respect mutuel, autorité sans agressivité, et esprit de justice sont les fondamentaux! 
L'objectif reste donc de ne pas perdre la motivation de son cheval et encore moins de se retrouver -ou pire de le conduite- en situation d'échec. 

Mais c'est au-delà des "tâches" à accomplir, l'essentiel de la communication réside dans la manière d'aborder la tâche, dans le choix et la légèreté de chaque geste, jusque dans nos attitudes les plus subtiles.


Les "règles du jeu", c'est tout ce qui va nous servir à jalonner nos attentes et nos demandes, et donc nos gestes (notre langage) pour ne pas nous trouver dans des situations d'incompréhension ou d'insécurité, toutes deux sources de violence.

Les jeux sont ainsi effectués d'abord au sol, pour nous apprendre à lire notre cheval, à le décoder, et ce réciproquement, plus aisément qu'en selle. 


Jouer avec un cheval signifie que l'on est attentif à ce qu'il nous renvoie, car nous souhaitons encourager sa volonté à participer. Il est donc indispensable de savoir lire dans un refus d'obtempérer si ce dernier est motivé : par la peur, la non compréhension de la demande, un manque d'intérêt, ou une volonté d'argumenter et savoir qui peut décider des règles du jeu, etc.. Afin d'adapter notre réponse: rassurer, clarifier la demande, revoir ses consignes, agir en psychologie inversée, ramener le calme, devenir l'ambassadeur du oui.. Et surtout rester fun!


L'objectif n'est alors plus de "faire faire" quelque chose à notre cheval, mais de l'amener à vouloir le faire parce que :


  1. il sait qu'il peut avoir confiance en nos intentions,
  2. le confort suit l'effort 
  3. il peut y trouver le plaisir du jeu.


Le jeu est interactif, et si c'est un bon jeu, les deux partenaires se sentent gagnants : c'est le principe même d'une équipe!






Certains (et je l'ai trop longtemps cru!) voient la méthode Parelli comme une manière de soumettre le cheval subtilement,  en exerçant sur lui une grande pression psychologique. Il est effectivement possible, par trop de pression (la notion de "trop" étant particulière à chaque cheval) de pousser le cheval à un stade où il se "ferme" à tout et semble extérieurement résigné. En fait, cela arrive fréquemment, partout dans le monde, où l'être humain et le cheval se rencontrent, le plus souvent par incompréhension, mais hélas aussi par esprit de simple exploitation abusive. Et bien sûr, il est possible à chacun de nous de se laisser piéger par le prédateur qui sommeille dans notre petit "moi intérieur", qui désire toujours plus, plus vite... Même à de studieux élèves (ou professionnels) en PNH! En fait ça arrive même plus fréquemment qu'on ne le croit. Et ne pensez pas que c'est parce que vous allez commencer Parelli, où que vous faites du Parelli depuis dix ans, que ça ne vous arrive/ra plus! 


Mais ça n'est pas ce que cette méthode enseigne! Au contraire, la clé de la lecture réside dans le fait de savoir quand se retirer, pour respecter les paliers de confiance, de confort et de plaisir de notre cheval. Et c'est bien entendu ce qui est le plus compliqué! Car il s'agit constamment de construire et maintenir le fragile équilibre entre la confiance, le respect, le contrôle et la connexion, qui façonnent l'idéal de toute éducation !



À la prochaine pour l'ultime acte de cette sublime tragédie!

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