jeudi 11 février 2016

Mon coming-out Parelliste, ou comment j'ai quelque peu délaissé le clicker training - feat.Nicolas Sarkozy

Je ne porte pas franchement notre ancien président dans mon coeur. Et pourtant, on se ressemble. À quelques sursautements d'épaule près.



Comme lui...


  • J'ai agit en deux actes..

Le premier acte, c’est son discours prononcé à la Mutualité dans laquelle il annonce qu’il va "s’engager d’une autre manière".
La première fois que j'ai commencé à me poser des questions, c'est après avoir lu "Faut-il manger des animaux" de Jonathan Foer. Tu vas me dire: quel rapport avec les poneys (oué on est quand même le pays où l'hippophagie reigne en maitre, alors qu'on mange nos lasagnes tranquilles pépouzes)



Bah ça fait que je me suis interessée au végé*isme, et plus largement à l'antispécisme et l'approche vegan. Et figure toi ma gueule que c'est un peu flippant au départ. Tant vient à reconsidérer un peu ta place dans le monde (autant te dire que mon Égo a durement encaissé la nouvelle) et ton rapport aux animaux, qu'ils soient à plume, à poils, ou à crins.
Du coup je me suis posée les questions existencielles que tout cavalier se pose un jour ou l'autre (ou pas): "Mais au fait, pourquoi je fais de l'équitation? Pourquoi j'impose des trucs à mon cheval? Est-ce que c'est éthique tout ça?". Wooooooooooh!

Et là dans mon cerveau:



Je remettais totalement en question les principes Parelli (dont je connaissais finalement trop vaguement les fondamentaux, mais ça je l'ai pas saisi tout de suite) et pour autant je refusais de me soumettre à la pensée dogmatique qui affirmait:
- si tu veux rien imposer à ton cheval, tu le laisses dans le pré et point barre.
Avec des arguments pareils on pédale dans la semoule, on évite bien toute remise en question, on ferme les frontières, on met les étrangers dehors.. Bref, on stope toute réflexion et on vote FN (comment ça je pars trop loin?) .

Je me suis donc intéressée aux alternatives qui me permettraient d'éviter d'user du renforcement négatif, comme on l'entend au sens propre du terme et de la punition positive, qui consituent, qu'on le veuille ou non, les deux grandes loies de l'apprentissage équestre.
C'est du côté des chiens que j'ai trouvé mon bonheur, par le biais d'une approche appelé "éducation positive" ou "clicker training". J'ai découvert une manière d'appréhender l'éducation très différente de ce que j'avais appris aupart avant, semblant se baser sur la science (la véritable éthologie j'entends) et être régit par l'éthique (ce slogan vend du rêve, non?).
Cependant, tout comme mon acolythe politique,  je n'ai pas claqué la porte tout de suite. J'ai constitué tout doucement ma petite bulle, je n'ai usé que des supports gratuits d'internet pour apprendre. En fait, j'ai expérimenter dans mon coin, avec mon poney pour cobbaye (le professeur Frink c'est un peu moi)

.


* * *

Le deuxième fois, c’est quand Nicolas Sarkozy réunit tous les barons de l’UMP ce lundi à l’Élysée pour leur dire : "Une page se tourne pour moi. Je ne serai pas candidat aux législatives, ni aux élections à venir."
La deuxième fois la page s'est vraiment tournée pour moi aussi.

Entre temps j'étais revenue activement dans PNH mais je ne rencontrais pas l'évolution et les progrès escomptés avec mon poney.
J'y étais revenue parce que j'en avais envie (et oui j'en ai le droit!). Et cette envie elle est capitale mine de rien, mais je m'en rends doucement compte, aujourd'hui, que je l'ai trop souvent bayonnée.. À force de vouloir soumettre mes désirs équestres à mon éthique, probablement trop élitiste et utopique,  j'en ai perdu ce qui faisait que j'étais Cospé, l'humaine du Mouton, qui est ce qu'elle est une fille un peu tarrée qui se shoote à l'héro.
Pour la faire courte, alors que notre relation avait pris un véritable tournant par le biais du renforcement positif, et le fait que je ne contraigne plus mon cheval (entendez donc par là que je ne le montais plus non plus), vivre dans une écurie où l'équitation est perçue sportivement ça n'aide pas franchement à l'émancipation. Surtout quand tu es déjà considérée comme une hippie avec ton carrot-stick et tes licols en corde par tes camarades du poney club.

Du coup le mouton a repris le chemin des bac à sable, avec moi dessus, ou à côté pour le travail à pied. Mais cette fois-ci je voulais faire les choses correctement. Du coup j'ai pris contact avec une instructrice PNH après quelques semaines à avancer seule et à me retrouver face à de grosses difficultés avec mon cheval (on était à level 2 correct on va dire), où j'avais plus le sentiment d'avoir un dragon au bout de ma longe.


Mon poney et moi en interaction. Sans rire. 
Sans rire on a dit!

J'ai pris une énorme phase 4.
J'avais défini mon cheval LBE et là j'apprends que mon poney est RBI.



J'aime autant vous dire que j'ai été légèrement déstabilisée.

Sauf quuuuuueeeeee j'ai pris les choses au pied de la lettre. Non mon poney n'est pas de nature RBI, il est simplement un LBE qu'on a blâmé, puni, à qui ont a sans cesse dit "non" (et croyez moi sans avoir battu mon cheval, les propriétaires de cerveau gauche extraverti savent de quoi je parle, c'est pas du tout évident de composer avec ces chevaux au quotidien) et qui a fini par prendre peur.

Comme beaucoup de chevaux de cette horsenality, dans ce genre de moment il fuit à l'intérieur de lui même. Il n'en a pas fallu plus pour que petit mouton présente de grosses caractéristiques RBI et en particulier durant cette séance.
Mon instructice m'a donnée la stratégie à adopter et je dois dire qu'elle a très bien porté ses fruits. Si ce n'est que je n'ai pas su prendre du recul au bon moment. J'ai laissé mon libre arbitre et mes intuitions personnelles au placard pour aborder mon cheval, ainsi que mes interrogations en suspend, au lieu de les communiquer pour avoir de nouvelles solutions pour aborder enfin mon cheval de la bonne manière dans les jours qui suivirent! (tu peux me lancer des cailloux)

Persuadée qu'il était un gros introverti, j'ai donc mis de côté mon agenda personnel, revu mes objectifs à la baisse et fait un énorme travail sur l'extravertie que je suis pour taire mes émotions, et ralentir mon langage corporel. Bref, le changement c'était maintenant comme dirait l'autre.

Puis un jour j'ai craqué! J'en pouvais plus! On avançait pas, on progressait pas franchement non plus. Je m'ennuyais, j'avais le sentiment que lui aussi. Plutôt que de me remettre en question, faire de nouveaux efforts, me diriger vers des personnes compétentes qui auraient pu m'apporter des réponses (dont mon instructrice!), j'ai préféré jouer de l'égo et taper sur les doigts de cette approche, qui n'avait définitivement rien compris aux chevaux! #mauvaisefoipower
Ça tombait bien parce que mes émois éthiques refaisaient surface! Alors est-ce que c'était réellement inconscient tout ça.. ? J'en sais trop rien, mais ça a grandement facilité mon détachement à PNH!

Me revoilà donc parti vers le clicker, mais cette fois-ci bien décidée à me former réellement pour saisir l'ensemble des tenants et aboutissant de cette approche, qui j'en étais sûre nous conviendrait bien mieux!
J'y ai découvert un univers aussi vaste que celui de Parelli et tout aussi complexe. L'ensemble de mes questions, même les plus tatillonnes trouvaient enfin leurs réponses. J'étais entourée de personnes tolérantes, ouvertes, et surtout d'une incroyable bienveillance (ce qui est rare dans le monde trop génial du cheval, même -voir surtout- en équitation éthologique)
Bref, l'entraide était de mise, aucune rivalité non explicite à l'horizon. Un petit bonheur en perspective.




  • Pour finalement mieux revenir


Tu vois où je veux en venir par vrai? Oui je vais t'expliquer la phrase de Nico, qu'on a pas compris

Le «Coup de pied au derrière» 


Certaines choses m'ont énormément plue en clicker. D'autres un peu moins. 
D'un point de vue objectif, globalement ça donne ça:

D'abord la gestion de la frustration et du calme du cheval. 
En clicker tu uses énormément du renforcement positif et un peu de la punition négative, selon ces principes: renforcement du bon comportement/ ignorance du mauvais et surtout apprentissage de celui que l'on aimerait avoir à la place de ce dernier (enfin je caricature, parce que la gestion de l'environnement est énorme en clicker! Et niveau sécurité c'est top pour intégrer de bonnes bases avec la bouffe). 
Les chevaux sont finalement constamment "juger", puisque que nous avons en permanence le pouvoir de valider un comportement que nous estimons comme bon, ou d'ignorer celui que nous considérons comme mauvais. Le cheval est donc poussé à proposé toujours plus, mais implicitement à proposer dans notre sens. 
Donc tu as, là aussi moins de dialogue qu'il n'y parait (dans le sens éducation positive = cheval acteur de son apprentissage). Et on retombe finalement dans le système que l'on peut parfois retrouver en étho, à savoir : "être dans l'attente de.. au lieu d'être tout court". 

Ensuite, tu te demandes finalement si le clicker est réellement si positif que ça et ne peut pas inconsciemment et involontairement susciter, lui aussi, une forme d'aversion
On estime que parce que nous donnons au cheval une friandise, ce qui est mieux que de ne pas avoir de friandise et un simple relâchement de pression ou des félicitation vocales et tactiles, c'est bien. Sauf que c'est une vision un peu simpliste. Les chaines de réponse/ stimulus Skinnérienne ne tiennent pas compte de quoi que ce soit dans la vie du cheval, ni de son environnement. Skinner semble même nier le fait qu'ils soient pertinents. Sauf que si un cheval fait la grimace quand tu le selles, tu peux l'entrainer avec le clicker à rester immobile et même mettre les oreilles en avant à la place. Si un cheval ne reste pas immobile dans son écurie,je peux l'entrainer à l'aide d'une cible à se tenir immobile pendant que je fais autre chose. Je peux lui apprendre à adopter des attitudes particulière dans le travail à pied ou en selle, qui nécessiteraient pourtant un entrainement plus poussé, si c’était enseigné conventionnellement. Le problème c'est qu'aucune de ces situations d'entrainement ne prennent en compte les causes sous-jacentes du comportement. La selle mal ajustée peut être la cause de la douleur. Le cheval à l'écurie qui se sent inquiet par le fait d'être seul. le cheval qui peut ne pas avoir la musculature suffisante pour adopter les attitudes demandées ou effectuer des mouvements avancés. 
Bref, tu en viens à un résultat peu concluant à mon sens et qui s'éloigne énormément de ce que tu étais venue chercher à la base dans cette approche, à savoir: que le cheval ait le choix, qu'il puisse proposer et être acteur, que l'intimidation et la douleur volontairement infligées soient mises au placard, que le principe du "choisi de faire ce que j'ai demandé sinon quelque chose de désagréable va arriver.." de l'équitation étho ne soit plus présent, etc, ne sont finalement pas si loin que ça.

«Renverser la table»


Ça ne sert à rien et Sarko l'a bien capté. 
Après toutes ces belles déductions les moins subjectives possible il fallait que je me re-centre sur MON cheval, sur MOI (parce que je suis narcissique), sur NOUS. Parce que les constats ci-dessus n'apportent aucune solution, aucune alternative!
 On se rend simplement compte qu'entre le clicker et ce que je désignais comme étant du PNH revenait au même.. À quelques carottes prêts. 

Bref, fallait que je me recentre sur mes envies à moi, sur ce que je souhaitais aussi avec un cheval. 
Début du gros coming out, du tête à tête avec moi même pour répondre à des questions totalement bateaux et pourtant fondamentales. Mais d'abord:



 Tu veux faire quoi avec ton poney? Qu'est-ce que t'aime avec les poneys? Ton poney tu penses qu'il recherche quoi avant tout? Comment t'aimerais que tout ça se fasse? 

1 -> Pleins de trucs. J'veux m'amuser, j'veux qu'on aille se balader, qu'on dressouille dans du bac à sable, qu'on fasse peut être même quelques sorties en concours dans des disciplines diverses. 

2 -> Les comprendre. Qu'ils m'apprennent un tas de truc. Qu'ils améliorent le pauvre être humain que je suis et ce pas que face à leurs congénères, mais aussi face à d'autres humains! Bref, qu'ils me fassent taffer sur mon fitness émotionnel 

3 -> Hmm.. allé, au pif: sécurité/confort/plaisir/nourriture dans cet ordre là? 

4 -> En respectant sa nature profonde (donc en lui offrant une vie répondant à ses besoins de cheval), et en respectant son intégrité physique et mentale lors de nos interactions. 

«Choisir le chauffeur»


Y avait plus trente six options.

Oui le clicker permet de faire tout ça. Oui le clicker convient et conviendra à de nombreuses personnes. Oui je continuerai à m'en servir dans certaines situations. Oui je continue d'user des friandises dans le travail (mais ça je t'en parlerai plus précisément plus tard). 
Mais non ça ne nous convient définitivement plus au quotidien pour les raisons exposées plus haut et parce que j'ai surtout pris conscience de ce qu'était réellement Parelli. Mais ça je t'en parlerai dans un autre article. 

Je conclurai donc  sur ce propos, pour les personnes surprises par mes revirements de situation, ou plus largement par l'engouement soudain de certaines autres pour le clicker, alors que l'étho fait des merveilles, ça n'est plus a prouvé:

Voyez vous, je ne crois que en une seule chose : la capacité de chacun à choisir en connaissance de cause. Il n’y a pas une seule manière de vivre avec son cheval, il y en a des centaines, car chaque couple est différent. Et personne n'a le droit de vous juger par rapport aux choix que vous faites, même s'ils n'entrent pas dans les critères de mode du moment (bon sauf si vous vous obstinez à faire ce genre de chose:



là j'invite même les gens à vous séquestrer pour que vous ne touchiez plus un seul crin de poney de votre existence!

On m'a souvent reprochée de ne pas donner des conseils généralistes se rapportant aux différentes théories de l'équitation éthologique, dès lors qu'il était question d'éducation équine. Pourtant je continue à penser que je préfère cent fois passer deux heures de plus à expliquer pourquoi l'on peut se permettre d'utiliser la nourriture dans l'éducation d'un cheval, les pré-requis, les « limites », chercher les pour, trouver les contres, que d’asséner des vérités généralistes que je suis la première à détourner. 
Parce que je suis persuadée que nous sommes tous capables de faire des choix quand on sait ce qu'ils supposent et pourquoi on les fait.

La vérité, du relationnel et donc de l'approche et de la technique, se trouve dans chaque couple, chaque cheval, chaque cavalier/humain. 


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